« QUARTIERS LIBRES » : MARSEILLE EN QUÊTE DE LIANT

16 février 2017 Par Antoine Pateffoz
® GüllerGüller-TVK
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® Ville de Marseille

Le projet à dimension participative vise à créer une centralité dite métropolitaine autour de la gare. La zone d’étude englobe des quartiers paupérisés qu’il doit irriguer.


Marseille a déjà, entre autres projets urbains, sa très vaste opération d’intérêt national Euroméditerranée. C’est sur ce secteur que se déploie Quartiers Libres, sur lequel planche le groupement emmené par Güller-Güller (mandataires) et TVK (co-mandataires), choisi par la municipalité. Plus précisément, le projet urbain Quartiers Libres s’étend autour de la gare Saint-Charles sur 7 hectares de casernes à réaménager, inclus « dans un périmètre de 140 hectares à restructurer dans l’environnement de la future gare métropolitaine », indique la Ville.

Concrètement, sans rentrer dans les détails, le cœur du projet intègre une « forêt urbaine », un « balcon » (celui de la gare étendu), un quartier résidentiel et ses équipements (groupe scolaire, médiathèque…), de nouveaux accès aux quais, des cheminements piétons et cyclables, des transports collectifs améliorés, diverses idées d’aménagements (aire de jeux, théâtre, ruches, etc.) sur une des « places de poche »…

Le cœur du cœur est la caserne du Muy, mais il y a un hic : Hélène Jouve, responsable du projet à la direction des grands projets de la Ville, explique ainsi que « l’armée en est toujours propriétaire » et que « les négociations sont longues et compliquées ».

Quartiers Libres s’insère également dans un faisceau d’enjeux pour la Ville et la Métropole Aix-Marseille-Provence. Ainsi la municipalité met-elle en avant sa volonté d’agir sur le secteur de la Belle de Mai, en raison de sa situation géographique (continuité de l’hyper-centre) et de sa paupérisation constante. De plus, la nouvelle ligne grande vitesse doit passer par Marseille, où sera construite une nouvelle gare enterrée sous l’actuelle (Saint-Charles). Le tout conditionnant, selon la Ville, le devenir à terme du centre de Marseille voire de la Métropole. Le contexte politico-institutionnel n’est pas simple non plus, celui d’une construction métropolitaine chaotique, où l’on voit notamment les deux villes majeures de la vaste conurbation, Marseille et Aix-en-Provence, s’affronter. Marseille veut marquer son rôle leader et la création d’une entrée de ville ferrée plus amène et plus ambitieuse, d’un quartier plus attractif économiquement, fait partie de la réflexion.

 

Un périmètre composite

Le projet Quartiers Libres inclut ainsi les quartiers Saint-Charles et Belle de Mai, ce qui est significatif. La volonté se dessine ici de relier car Saint-Charles est plus central que la Belle de Mai, quartier emblématique de Marseille certes, quartier ouvrier, ayant accueilli des vagues d’immigration, mais désormais donc paupérisé, mal desservi par les transports en commun, et coupé du centre par les voies ferrées que l’on franchit via deux tunnels peu accueillants.

Mais la Belle de Mai n’a pas été totalement oublié : au vaisseau amiral la Friche Belle de Mai, qui abrite notamment des activités artistiques et sportives et joue l’ouverture vers son entourage, s’ajoutent son satellite du cinéma, le pôle média, le centre de conservation du Mucem, les archives municipales, une vie associative forte… Reste que s’y déplacer ou s’y rendre n’est pas aisé, l’habitat est souvent dégradé, à l’image de l’espace public.

Quant au quartier Saint-Charles, il présente souvent le même type de stigmates, quoique moins marqués. Pour être précis, le périmètre concerné inclut également Saint-Lazare et grignote légèrement sur Saint-Mauront, un des quartiers les plus pauvres de France.

Mais, on l’a vu, cette zone de 140 hectares est un périmètre d’étude, il ne sera bouleversé pas par l’opération. Si tout va bien Quartiers Libres doit s’y diffuser, y provoquer de nouvelles « dynamiques urbaines », y tisser de nouveaux liens. En gros il s’agit donc de créer une nouvelle centralité - dite métropolitaine, vocable désormais obligé - qui irriguerait les quartiers situés dans la zone du plan « de recomposition ».

 

Tirage au sort

Enfin, l’élaboration du projet a intégré une dimension participative. En 2014, la concertation a permis aux services municipaux d’élaborer un cahier des charges en vue du dialogue compétitif qui a abouti au choix du groupement.

Hélène Jouve se défend d’utiliser la dimension participative façon poudre aux yeux, comme cela arrive parfois. Elle estime que 200 à 300 personnes sont intervenues durant le processus. La première étape avait réuni près de 150 personnes tirées au sort sur les listes électorales du quartier et de la ville entière (histoire que le quartier soit surreprésenté). « Les gens (habitants, associatifs, institutionnels, professionnels) ont réellement travaillé, sur des questions précises, ce qui a permis d’élaborer le cahier des charges, insiste-t-elle. Du coup certaines thématiques que nous n’avions pas forcément prévues ont émergé. Comme l’emploi, qui a été identifié comme un enjeu primordial dans le projet de développement du quartier. Le groupement a donc fait des propositions en ce sens, qui doivent être creusées avec la Métropole. »

Par ailleurs, le projet s’incarne également via une exposition à la Friche Belle de Mai, accompagnée de quelques rencontres et ateliers. Et pourrait s’incarner au sein d’une maison du projet (le laboratoire de recherche en développement urbain), idéalement situé dans le dôme de la caserne du Muy.

Enfin, en attendant la concrétisation de Quartiers Libres, des occupations temporaires sont prévues : par le biais de jardins participatifs ou encore au couvent de la rue Levat, où l’Atelier Juxtapoz est en train de mettre en place une pépinières d’artistes et d’artisans, qui accueillera également des expositions, des conférences, etc., en 2018. La caserne du Muy devrait être elle aussi occupée, par des start-up éventuellement.

Mais pour cela il faudra attendre la fin des tractations avec l’armée…

 

Périmètre du projet :