JARDINS GIVRÉS

31 octobre 2016 Par Charlotte Fauve
Jardins d'hiver, Cédric Pollet
Jardins d'hiver, Cédric Pollet

Rose crevette, vert granny, jaune fluo : « Lorsque j’ai montré pour la première fois mes photos, certains m’ont accusé de les avoir photoshopées », se souvient le photographe et spécialiste des écorces Cédric Pollet. Après un premier ouvrage consacré à un tour du monde sur le sujet, puis un livre d’art, sa trilogie sur ces belles enveloppes végétales, publiée aux éditions Ulmer, se termine cet automne par un ultime opus, cette fois-ci paysager : Jardins d’hiver.


À la mauvaise saison, le froid agit en effet en révélateur de couleurs : bloquée dans les tissus végétaux, la sève sature les troncs de certains arbres, les peignant de teintes criardes et quasi-irréelles. Une bénédiction pour le jardinier dont les plates-bandes se transforment en feu d’artifice, du rouge feu des cornouillers sanguins, au blanc métallique des bouleaux argentés. De la vallée du Rhône au nord-est de Plymouth en Angleterre, Cédric Pollet nous entraîne donc dans une promenade chatoyante, à la découverte de ces aménagements où l’hiver n’est pas synonyme de gris monochrome. Des trouvailles à apprécier à leur juste valeur, car ces jardins d’hivers sont encore rares : obnubilés par fleurs et feuilles, les paysagistes ne s’intéressent au pouvoir des écorces que vers la fin du xixe siècle, d’abord en Grande-Bretagne. En France, ce type de composition n’apparaît qu’à partir des années 1980, sous l’impulsion de la princesse Greta Sturdza. De l’érable cannelle au cerisier du Tibet, cette grande dame de l’horticulture sera la première à planter des essences colorées dans son domaine du Vasterival, en Normandie. Les lecteurs de Cédric Pollet seront en tout cas sans doute nombreux à vouloir l’imiter : magiques sous un coup de givre, les jardins de ce type ne demandent que quatre à cinq espèces pour faire leur effet, pour des aménagements qui se mettent en place au bout d’à peine cinq ans… « Reste encore à y ajouter quelques végétaux à feuillages persistants, ainsi qu’une ou deux plantes à floraison hivernale, à l’image de l’hellébore ou du perce-neige, et le tour est joué », confirme Cédric Pollet. Et à attendre avec joie les premiers frimas ?